Philosophie de base

 

"Je n'aime pas le mot 'racines', et l'image encore moins. Les racines s'enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s'épanouissent dans les ténèbres ; elles retiennent l'arbre captif dès la naissance, et le nourrissent au prix d'un chantage : 'Tu te libères, tu meurs !'. Les arbres doivent se résigner; ils ont besoin de leurs racines; les hommes pas. Nous respirons la lumière, nous convoitons le ciel et quand nous nous enfonçons dans la terre, c'est pour pourrir." (A. Maalouf, Origines, Grasset, 2004)

Il nous semble à nous, AMARNA, qu'il est fondamental que rien de ce qui concerne la situation objective de l'enfant adopté ne lui soit caché. Plus vous montrerez de la difficulté à expliquer à votre enfant son passé, plus vous le ferez vivre dans l'idée que ce passé est inavouable, honteux et déréglant et l'enfant dramatisera son cas en même temps que vous. Même si le fait d'avoir été abandonné (il y a d'autres formulations : confié, placé, mis en adoption...) affectera l'enfant et l'adulte qu'il deviendra d'un certain trouble latent, il lui faudra vivre avec cette cassure primaire.

Dans une existence, le tout n'est pas d'occulter les problèmes, mais de bien vivre avec eux, ce qui est une manière de les résoudre et d'éviter d'en faire une pathologie. Il n'y a pas de révélation à proprement parler. L'enfant vit son adoption quotidiennement comme un enfant biologique vit quotidiennement sa relation avec sa mère. L'enfant sait qu'il est adopté avant de comprendre ce qu'est le concept "adopté". Et c'est tout naturellement qu'il fera les gestes quotidiens de sa filiation.

Les réponses, les explications se donneront le plus tôt possible et leur complexité évoluera avec l'âge de l'enfant et avec son désir d'en savoir plus ou moins. Nous avons tous, parents, enfants, droit à notre terrain d'ombres et de recherches intimes. L'enfant donne les limites de son territoire d'affabulations avec celles de son réalisme. Précieux et difficile dosage qui lui permet de structurer son inconscient.

Votre enfant risquera d'être confronté à un malaise social dû à sa différence dans la mesure où vous n'aurez pas vous-mêmes accepté pleinement cette différence. Si votre enfant est plus âgé, s'il a connu ses parents, vous serez d'autant plus confrontés au début à votre différence par rapport à sa mère biologique et son père dans une mesure moindre, celui-ci étant souvent "absent", mais pourtant il existe. L'enfant adopté tardivement va devoir adopter à son tour ses nouveaux parents et l'acceptation, I'appréciation et la compréhension que vous aurez de son passé seront des éléments clés à sa bonne restauration narcissique dans son nouveau milieu.

Milieu parental qui devra faire son deuil de l'enfant idéal, imaginaire, qui devra s'accepter avec ses erreurs et pas aussi bon qu'il aurait pu se percevoir à travers l'image que l'enfant devait lui renvoyer. Milieu parental qui s'abstient de parler d'échec avant d'avoir fait le travail de reconnaissance par l'enfant de la réalité de l'abandon et avant de l'avoir aidé à assimiler cette réalité. Ensuite, toute mesure d'évolution se prend à la dimension de l'enfant et de ses particularités et toute comparaison ne pourra se faire qu'à partir de son évolution propre, de son histoire à lui et de son désir d'attachement qui peut passer par des comportements violents, autodestructifs.

Cet éventuel scénario autodestructif est lié à une culpabilité de l'enfant qui s'attribue la responsabilité de la rupture avec sa mère. C'est sa faute, pense-t-il, c'est parce qu'il n'est pas bon qu'il a été rejeté. L'enfant dans cette logique recherche la punition, se conforte dans une attitude de victime. Il fait pression sur les parents afin qu'ils confirment cette mauvaise image de lui-même. Des scènes éprouvantes et provocantes qui prennent l'allure de la destruction des nouveaux liens et qui, cependant, sont en fait des recherches de réassurances de son nouveau statut. Fuite de l'enfant afin que l'on vienne le rechercher. Colères, crises très démonstratives, paroles excessives, toutes ces manifestations outrancières s'inscrivent dans une contradiction apparente seulement. L'enfant vit un besoin pressant de se fixer, d'être enfin reconnu comme l'enfant de la famille. Il est coincé entre les vieux réflexes de l'enfant anonyme et les nouveaux désirs inépuisables d'identité. Peut-on imaginer ce que représente pour l'enfant le passage "brutal" du monde de sa réalité à un univers où l'opulence affective et matérielle le submerge SANS restrictions. Il ne s'était jamais posé la question auparavant: "pourquoi pas moi ?" et, maintenant, il ne se pose pas non plus la question: "pourquoi moi ?". Avec cette force naturelle, cette acceptation de base, cette extraordinaire souci d'exister, I'enfant prend et accapare le moment qu'on lui donne rien que pour lui et tout pour lui.

Et puis, pour les inquiets : est-on sûr que les choses se poursuivront de la même manière, est-on sûr qu'il soit enfin arrivé à la fin de son cheminement, est-on sûr que cette place de centre absolu ne va pas lui être ravie et enfin cet enfant peut-il affirmer que ce conte de fées n'est pas un compte de dupes ? C'est le moment pour les parents dans les tests de résistance qu'exerce l'enfant sur eux de se positionner comme vrais parents. Il n'a plus le choix, il est l'enfant de ses parents et l'amour et l'autorité sont les frontières de sa nouvelle appartenance.

L'adoption est un des modes de filiations possibles.
Une filiation sociologique (affective et éducative) est sans doute différente d'une filiation biologique, mais n'a rien de frustrant pour les couples stériles qui devront dépasser une fixation sur leur stérilité, au risque de faire de l'enfant un témoin gênant de leur stérilité ; I'adoption n'est pas un substitutif, n'est pas un second choix, c'est une autre paternité/ maternité qui peut réussir et échouer au même titre qu'une réussite ou un échec avec un enfant biologique dont on attendrait dangereusement la résolution de tous ses problèmes. Une stérilité acceptée et expliquée à l'enfant produira chez lui la conviction qu'il n'est pas là comme substitutif et de plus s'inscrira dans une bonne compréhension que l'enfant pourra avoir de l’équilibre de ses parents dans leur sexualité. Stérilité bien vécue couplée avec une sexualité dont on parle avec aisance. On retrouve souvent chez les parents adoptifs une culpabilisation spécifique comme s'ils n'avaient pas été à la hauteur du contrôle éducatif du passé inconnu de l'enfant ou, plus grave, de l'hérédité. Cette mesure floue, ce concept non maîtrisé d'hérédité refait surface lorsque les parents, projetant leur désir sur l'enfant qui doit correspondre au modèle imaginaire de l'enfant biologique qu'ils n'ont pas eu, rencontrent des difficultés avec l'enfant adoptif. Refusant de chercher la cause du malaise chez eux, ils s'aveuglent sur l'hérédité présumée en cause de I'enfant. Or, les mécanismes psychiques des enfants sont les mêmes pour tous; mais il est vrai que l'enfant adoptif et l'enfant biologique auront eu des expériences psychologiques relativement différentes.

Il faudra sans doute rappeler que les enfants adoptifs n'ont pas les mêmes parents que les autres enfants ! En effet, songez aux différents comportements, attitudes, réactions des futurs parents adoptifs. Frustrations de l'infertilité, océan d'angoisse face à l'inconnu de l'adoption fortement contrastée dans le tiers social, difficulté créée par le vide de l'enfant programmé mais inaccessible, théories psychologiques dramatisantes du corps professionnel, difficultés profondes dans le fonctionnement des couples stériles, blessure narcissique face à l'attente familiale ou sociale, redéfinition de sa vie en fonction de l'enfant qui n'arrive pas, besoin dominant de réparation, recherche de reconstruction d'un moi morcelé par une mauvaise image de soi. Oui, tout cela accueille un enfant qui attend "simplement" une nouvelle filiation...

Il est normal que certains enfants aient de réelles difficultés (dans ces cas, nous conseillons fortement aux parents la collaboration de professionnels afin d'éviter l'inquiétude dans l'isolement et afin d'accélérer I'insertion de l'enfant par une compréhension rassurante de certaines situations de blocage) que vous devrez tenter d'analyser et d'orienter, comme avec tout enfant, dans un climat de confiance où personne n'essaye de tromper l'autre. L'amour débordant ne suffit pas à aplanir les difficultés : la compréhension et l'intelligence sont indispensables pour débloquer une situation. Aussi, cet enfant qui n'est pas celui que vous auriez pu imaginer avoir eu, qui n'est pas non plus un enfant de remplacement, mais qui est un enfant accepté comme enfant issu de classes sociales précarisées, avec ses faiblesses d'enfant délaissé, ses manifestations de carences affectives, ses troubles physiques et psychiques, ses retards intellectuels et cognitifs (suivant l'âge de son accueil), cet enfant là est en recherche d'attachement, en recherche de restructuration de son moi, en pleine construction d'un nouveau roman familial, en travail de deuil de sa mère (père) biologique et c'est aux parents adoptifs à lui donner un cadre sécurisant pour ce travail qui bouleverse chez eux-mêmes de vieilles scènes primitives, de vieilles peurs enfouies, d'anciennes angoisses retenues dont on parle peu.

Il ne faut cependant pas perdre de vue que ces enfants qui auront plus ou moins longuement vécu leur culture d'origine, sont des enfants de culture précarisée, marginalisée, culture d'orphelinat, de bidonville. Leur comportement s'est modifié, leur agressivité a pu se former pour assurer leur vie et leur survie.
Il n'y a pas de méchanceté, de vol, d'agressivité innés. Tous ces comportements sont des déviations sociales qui traduisent une blessure narcissique profonde chez l'enfant qui exprime à sa façon une demande de revalorisation. Ces distorsions comportementales sont des appels au secours, elles ne sont pas inscrites "dans les gènes". L'atavisme dont on entend hélas encore parler est un mot en -isme créé par paresse ou par peur de l'effort de l'analyse et dans sa pratique sociale ce "mot" ne fait que précipiter l'enfant dans une identification négative à ses "mauvais" parents d'origine. Les problèmes de l'adolescence sont vécus à la lumière de tout adolescent en pleine construction de son identité ou en révolte parfois contre ses parents. Si ceux-ci sont vulnérables sur le terrain de l'adoption, I'adolescent les affrontera sur ce terrain justement. Il a le matériau d'affabulation dans sa vie d'enfant adopté. Ses besoins fantasmatiques se prennent à la source de ses origines. Il s'en servira, sans doute. Il en fera une crise pour toutes les raisons pour lesquelles les enfants sont en crise et son statut adoptif est un des éléments constitutifs, mais un seulement, de son histoire d'Homme.

Alors que des courants contraires s'affrontent pour savoir s'il faut ou non faire vivre l'enfant dans une double culture, celle du passé, celle du présent, ne ferions-nous pas mieux simplement d'observer avec quelle facilité cet enfant issu d'une autre culture s'insère dans la nôtre et en tirer les conclusions qui s'imposent ? Ajoutons qu'il pourrait être par trop périlleux de tenter de faire vivre une culture que le parent-'éducateur ignore le plus souvent, si ce n'est au travers d'artifices instables, erronés sans doute, au risque de créer justement chez l'enfant ces fameuses recherches inquiétantes d'identification.
A cette occasion, rappelons aussi qu'il est important de ne point dévaloriser l'image que l'enfant a de sa mère biologique. Elle n'est pas la coupable sur laquelle repose toute l'explication de la rupture. Elle est aussi une victime, ni à idéaliser, ni à mépriser.

Les parents d'origine occupent une place fantasmatique chez l'enfant. Les parents adoptifs auront à accepter cette place ; aussi, n'introduisons pas de valeurs morales à ce type de travail fait par l'enfant, comme celles de loyauté, de dettes ou de pardon que l'enfant adopté entretiendrait à l'égard de ses géniteurs. L'inconscient d'un enfant ne peut se fixer sur des données morales redistribuées au sein de familles biologiques et adoptives et il échappe ainsi aux constructions de peurs et de culpabilité des parents adoptifs. Ne mélangeons pas tout ! L'enfant refait sa vie actuelle et se coupe de ses parents biologiques connus ou pas grâce à ce monde imaginaire. C'est sa faculté même de pouvoir fantasmer dans l'irréel qui l'enracine dans sa famille adoptive.

Il faut essayer de bien comprendre cet aspect essentiel de l'être humain en général pour l'accepter calmement dans l'adoption. Laissons aller l'enfant où son quotidien (que vous construirez avec lui, bien sûr) I'attendra et permettons-lui de puiser à sa guise dans la boîte à fantasmes où nous aurons mis tous les ingrédients qui lui faciliteront ses envies de resourcement à un certain âge, sa symbolique de retour à ses origines que lui-même définira. Son passé n'est ni à sublimer, ni à gommer, ni à forcer. Il I'utilisera, en le connaissant, pour mieux s'intégrer dans sa culture, la vôtre. Aussi est-il sans doute préférable de ne pas appliquer des principes rigides d'éducation, alors que la demande de votre enfant dépend de tellement de variables et qu'il est bon de l'écouter avant d'appliquer deux cultures et de décider pour lui ce qu'il peut entendre, ce qu'il peut comprendre, ce qu'il peut aimer.
Le geste d’une femme qui confie l’enfant en institution est le geste sans doute le plus structuré que cette femme ait fait dans l’intérêt de l’enfant en reconnaissant qu’elle ne peut être une mère et que son rôle impossible à exercer doit l’être par une autre famille.
La forme de remise de cet enfant peut passer par toutes sortes de  moyens, comme celui de l’exposition de l’enfant, du passage par l’hôpital sans laisser d’identité, de non-reprise auprès d’un tiers, de remise et de non-retour auprès de l’assistance publique,  de reprise et ensuite de réabandon dans l’institution, tout ceci indiquant une impossibilité à répondre à l’attente d’un enfant mais à un réel souci de trouver le milieu de remplacement pour l’enfant.

Il est donc fondamental de replacer l’histoire de l’enfant dans ce geste positif qu’elle a fait pour l’enfant et pour elle-même. Ce n’est pas par amour que cette femme à confié son enfant mais bien par manque d’amour. Elle a été jusqu’au bout de sa réflexion d’incapacité à être une mère et a traduit ses effets par le passage de l’enfant vers une autre prise en charge. Elle a donc trouvé ainsi une solution à ses difficultés d’existence avec un enfant. L’enfant n’est donc pas la cause de son abandon, comme s’il était mauvais et donc à rejeter. A travers le geste de cette femme qui cherche son substitutif, l’enfant passé vers une autre famille devient le pôle positif par qui la mère d’origine peut se réintégrer dans une société potentiellement hostile à cause de cet enfant. Elle a donc réalisé son intérêt et celui de l’enfant.

Il est grand temps de donner une reconnaissance à ce geste de passage d’une femme en désarroi  dans l’isolement social qui ne lui permet pas d’assumer sa maternité pour laquelle le contexte psychique est fortement dominant sur celui d’une situation économique précaire.

Quant au "retour au pays" (à ne pas confondre avec un voyage dans son pays d'origine) de l'enfant adopté : la problématique n'existe pas en tant que retour et elle ne peut être isolée en-dehors de la relation parents/enfant. Le retour est un effet direct des relations de l'enfant avec ses parents et n'est pas une caractéristique de l'adopté. Le retour est une affaire, comme beaucoup d'autres, des parents adoptants.

Un enfant est pourvu d'une extraordinaire élasticité et d'une résistance redoutable - heureusement pour l'espèce humaine jusqu'à ce jour. Nous voyons dans les études sérieuses qui ont été faites sans présupposés de départ que les résultats obtenus sur la capacité d'intégration des enfants adoptés à tout âge sont plus que révélateurs des possibilités de récupération de ces enfants et des possibilités des civilisations a s'enrichir de leurs différences et de leurs ressemblances.

La conception de l'enfant adopté de son passé "racial" ou ce que l'on appelle la "crise d'identité" : Les critiques par rapport à l'intégration totale de l'enfant disent qu'à défaut d'avoir sensibilisé au maximum l'enfant à ses origines, celui-ci aura d'énormes problèmes d'identité, car il sera incapable de se référer positivement à son passé "racial" et devra adopter les perceptions" blanches" de ses origines. En étudiant "le conflit d'identité",
on peut faire remarquer ce qui suit : le terme conflit d'identité est péjoratif et introduit un présupposé. Où se situe dans la vie de l'enfant ce conflit de culture ? En quoi est-il significatif ? Personne ne le dit... et pour cause. Et puis, au nom de quoi faut-il évacuer les conflits et nier leur valeur positive ? Ne faut-il pas distinguer entre la contradiction conflictuelle - sans doute anxiogène - et le conflit dialectique dont surgit un enrichissement personnel et social ?

Enfin, I'emploi de cette dualité de termes par rapport à son passé supposerait que l'enfant aurait à sa disposition dans sa vie quotidienne deux identités, I'une "blanche", I'autre "noire" (ou brune, ou jaune, etc). A la limite, cela supposerait que l'enfant dispose d'un large éventail d'informations et de connaissances qui lui favoriserait une alternative de modes de vie liée à son passé.
Le modèle blanc s'impose comme dominant et peut peser sur la personnalité d'un enfant noir élevé dans sa famille noire. Il n'en va pas de même pour l'enfant noir qui vit dans sa famille blanche où le modèle n'est pas projeté mais vécu : pas de clivage, ici. La recherche d'identité d'un enfant adopté ne devrait pas poser de problème à partir du moment où il se sent d'une culture, la vôtre, et qu'il sait aussi qu'il aurait pu appartenir à une autre culture tout aussi valorisante. Et c'est là la clé de toute intégration sociale. Il est important de donner à l'enfant, adopté jeune ou tardivement, l'assurance de la valeur certaine de sa culture d'origine, même s'il ne la vit que par représentation intellectuelle et symbolique. Certains, hostiles à l'adoption "interraciale", posent la question suivante: "Racialement noir, culturellement blanc, quel est son héritage ?" Poser une pareille question, c'est y répondre. Qu'est une race sinon une culture ?... Le plus souvent d'ailleurs le concept douteux de "passé racial" ne devient opératoire que dans la mesure où le rejet social de l'enfant produit chez lui un "présent racial" insaisissable. C'est donc le rejet qui crée ce passé racial. Effectivement, le rejet existe, mais le passé racial n'est qu'un artefact. Une projection ?...

En ce qui concerne l’adoption d’enfants plus âgés, dont nous pensons qu’elle requiert certes une plus grande vigilance dans la préparation et le suivi, nous ne pouvons que faire nôtres les réflexions suivantes :
« Nous avons pu constater qu’en respectant certaines conditions dans l’adoption d’un enfant âgé, son passage d’une vie à l’autre pouvait être un moment très fécond de son développement. Loin de se réduire à une simple transition, cet espace-temps spécifique situé au sens propre entre deux vies, pouvait devenir le lieu et l’instant d’une phase essentielle de l’adoption. À l’observer de plus près, nous avons remarqué qu’il portait les prémices d’une nouvelle vie, celle à laquelle l’enfant primitivement abandonné par sa famille d’origine pouvait accéder dans un temps second grâce à une famille adoptive. (...) Sur un sujet aussi passionnel, en effet, nous tenterons de respecter une préoccupation de Georges Favez, membre fondateur de l’Association psychanalytique de France :
“Ne pas prétendre à l’idée avant d’avoir été aux choses.” »
[O. Ozoux Teffaine, Adoption tardive, Paris, Stock, 1987]
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